Bad Bunny au Super Bowl 2026 : un show portoricain qui fait réagir Donald Trump

CL Lyubatov — Chroniqueur musical

Le 8 février 2026, Bad Bunny a transformé la mi-temps du Super Bowl en une célébration de Porto Rico. Pendant environ treize minutes, l’artiste a enchaîné reggaeton, salsa et références à son île natale, accompagné de Lady Gaga et Ricky Martin. La prestation, interprétée presque entièrement en espagnol, a également suscité une réaction critique de Donald Trump.

Au Levi’s Stadium de Santa Clara, en Californie, le chanteur a présenté un spectacle où les scènes de la vie quotidienne côtoyaient des messages sur l’identité culturelle, les difficultés de Porto Rico et l’unité des Amériques.

Pour comprendre ce Bad Bunny Super Bowl, il faut regarder au-delà des invités prestigieux. La scénographie, les chansons et le choix des instruments racontaient une histoire musicale précise.

Bad Bunny transforme le Super Bowl en quartier portoricain

Pava, chapeau de paille traditionnel des jíbaros de Porto Rico

La rencontre opposait les Seattle Seahawks aux New England Patriots. À la mi-temps, Seattle menait 9 à 0. Les Seahawks ont finalement remporté le Super Bowl LX sur le score de 29 à 13.

Le spectacle s’est ouvert dans un décor de plantation de canne à sucre. Bad Bunny est apparu vêtu de blanc, entouré de danseurs représentant des jíbaros, figures rurales traditionnelles de Porto Rico, reconnaissables notamment à leurs chapeaux de paille appelés pavas.

Les premières notes de « Tití Me Preguntó » ont immédiatement donné le ton : le reggaeton allait occuper le centre de la scène.

L’artiste a ensuite traversé un environnement composé de petits commerces, de tables de dominos, de vendeurs ambulants et de lieux de rassemblement. Un stand de piraguas, ces desserts glacés populaires sur l’île, participait à la reconstitution.

La maison traditionnelle, appelée casita, constituait un autre élément central. Déjà présente dans l’univers scénique de Bad Bunny, elle accueillait plusieurs personnalités, dont Karol G, Cardi B, Pedro Pascal et Jessica Alba.

Ces apparitions complétaient le tableau culturel. Les invités étaient intégrés au décor d’une fête de quartier, au milieu des danseurs et des musiciens.

La scénographie évoquait ainsi différents aspects de la vie portoricaine : le travail agricole, les traditions populaires, les rencontres entre voisins et les célébrations familiales.

Une performance portée par le reggaeton

Musicalement, Bad Bunny a construit son spectacle autour d’un medley mêlant ses succès et plusieurs références à l’histoire du reggaeton.

Après « Tití Me Preguntó », il a notamment interprété « Yo Perreo Sola », « Safaera », « VOY A LLeVARTE PA PR », « EoO » et « MONACO ».

Des extraits de morceaux associés aux pionniers du genre, notamment Daddy Yankee, Don Omar et Tego Calderón, ont également traversé les transitions.

Le choix était significatif sur le plan musical. Le reggaeton s’est développé à partir de plusieurs influences caribéennes et urbaines, dont le reggae en espagnol, le dancehall et le hip-hop. Porto Rico a joué un rôle majeur dans sa diffusion internationale.

Le perreo au centre du spectacle

« Yo Perreo Sola » a mis en avant le perreo, danse intimement liée à la culture reggaeton.

Le titre, dont le propos porte sur l’autonomie d’une femme qui souhaite danser librement, prend une dimension particulière lorsqu’il est interprété devant le public du Super Bowl.

La mise en scène célébrait le mouvement collectif et la liberté de danser. Certaines lectures ont également rapproché cette séquence des débats autour de la représentation des cultures latines aux États-Unis.

Sur le plan musical, le passage fonctionnait grâce à une succession de rythmes immédiatement reconnaissables.

Ce qui retient mon attention dans cet enchaînement, c’est la place accordée à l’histoire du genre. En intégrant des références aux générations précédentes, Bad Bunny reliait ses propres chansons à la tradition musicale dont elles sont issues.

Lady Gaga apporte une touche de salsa

Couple de danseurs enchaînant des pas de salsa avec énergie

L’arrivée de Lady Gaga a constitué l’une des surprises les plus remarquées de la soirée.

La chanteuse américaine a interprété « Die With a Smile », son duo initialement enregistré avec Bruno Mars, dans un arrangement salsa spécialement adapté au spectacle.

La transformation était sensible dès les premières mesures. Le rythme et l’instrumentation donnaient au morceau une nouvelle couleur, davantage adaptée à l’univers musical de la soirée.

Lady Gaga portait une robe bleue et participait à une séquence représentant un mariage. La cérémonie organisée sur scène était celle d’un véritable couple.

Bad Bunny a ensuite rejoint la chanteuse pour quelques pas de danse avant de poursuivre le spectacle.

Cette collaboration permettait de créer une transition entre deux répertoires. La chanson anglophone trouvait sa place dans une production majoritairement hispanophone grâce au travail sur les arrangements.

Lady Gaga connaissait déjà la scène du Super Bowl, puisqu’elle avait assuré le spectacle de la mi-temps en 2017.

Son apparition en 2026 relevait donc d’une invitation artistique, avec un rôle musical précis dans la progression du concert.

Ricky Martin et les références à Porto Rico

Le deuxième grand invité musical était Ricky Martin.

Le chanteur portoricain est apparu assis sur une chaise blanche en plastique, un objet directement associé à l’imagerie de l’album DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny.

Il a interprété « LO QUE LE PASÓ A HAWAii », une chanson qui établit un parallèle entre Hawaï et Porto Rico autour des transformations territoriales, de la perte d’identité et des conséquences du développement touristique.

Plage de Waikiki à Honolulu bordée d'hôtels, symbole du tourisme à Hawaï

Les paroles abordent notamment les inquiétudes liées au déplacement des populations et à la disparition progressive de certains repères culturels.

La présence de Ricky Martin donnait une autre portée à cette séquence. Les deux artistes appartiennent à des générations différentes de la musique portoricaine et ont chacun contribué, à leur manière, à sa diffusion internationale.

Après cette intervention, le spectacle a poursuivi son exploration de thèmes sociaux avec « El Apagón ».

Les pylônes électriques et la crise énergétique

Pendant cette chanson, Bad Bunny est monté sur une structure représentant des installations électriques.

Les pylônes et les interruptions d’électricité évoquaient les problèmes persistants du réseau énergétique portoricain.

L’ouragan Maria, qui a frappé Porto Rico en 2017, constitue un épisode majeur de cette histoire. Il avait entraîné une panne massive d’électricité et révélé la vulnérabilité des infrastructures.

Les difficultés du réseau se sont prolongées au-delà de cette catastrophe.

Dans le contexte du spectacle, cette scénographie donnait une dimension sociale à « El Apagón », dont les paroles abordent également les tensions autour du territoire et de ses habitants.

Les références visuelles permettaient de présenter ces questions à travers une œuvre musicale, sans interrompre le déroulement du concert.

Pourquoi Donald Trump a critiqué Bad Bunny

La prestation s’inscrivait dans un contexte de désaccords publics entre Bad Bunny et Donald Trump, notamment sur les politiques migratoires américaines.

Le chanteur avait déjà exprimé son opposition à certaines mesures de l’administration Trump. Avant même le Super Bowl, sa désignation comme artiste principal du spectacle avait suscité des critiques dans certains milieux conservateurs.

Après la représentation du 8 février, Donald Trump a publié un message sur son réseau social pour dénoncer la prestation. Il a notamment critiqué l’utilisation de l’espagnol, estimé que les danses présentées étaient inappropriées pour les jeunes spectateurs et affirmé que le spectacle ne représentait pas les valeurs qu’il associait aux États-Unis.

La controverse a également pris la forme d’un événement musical concurrent.

Turning Point USA, organisation conservatrice américaine, avait organisé son propre spectacle de mi-temps, intitulé All-American Halftime Show, avec Kid Rock parmi les artistes annoncés.

Les réactions ont ainsi dépassé le cadre d’une discussion sur la qualité musicale de la prestation.

Pour certains spectateurs et commentateurs, l’utilisation de l’espagnol et les références à Porto Rico représentaient une affirmation de la diversité culturelle américaine. D’autres ont critiqué les choix artistiques et la place accordée aux messages sociaux.

Ces désaccords relèvent de l’interprétation politique et culturelle du spectacle. La présence des symboles portoricains, les chansons interprétées et les déclarations publiques des protagonistes constituent, quant à elles, des éléments vérifiables.

« God Bless America » : un final consacré aux Amériques

La dernière partie du spectacle a réuni plusieurs des thèmes développés pendant la représentation.

Bad Bunny a prononcé les mots « God Bless America », avant d’énumérer des pays d’Amérique du Sud, d’Amérique centrale, d’Amérique du Nord et des Caraïbes.

Des drapeaux ont accompagné cette séquence, tandis que l’artiste tenait un ballon de football américain portant un message d’unité continentale.

Le choix des pays cités donnait au mot America un sens géographique élargi. Les États-Unis figuraient dans l’énumération aux côtés des autres nations et territoires du continent.

Le spectacle s’est achevé sur « DtMF », chanson issue de l’album DeBÍ TiRAR MáS FOToS, dont le titre évoque les souvenirs et le regret de ne pas avoir pris davantage de photographies.

Un message d’amour et d’unité est apparu sur les écrans du stade, avant que la performance ne s’achève dans une atmosphère festive.

Cette conclusion associait la dimension personnelle de l’album à la représentation collective des cultures américaines.

Ce qu’il faut retenir du show de Bad Bunny

Le spectacle du Super Bowl 2026 s’est distingué par une programmation presque entièrement en espagnol, une forte présence de la culture portoricaine et des collaborations conçues autour de l’identité musicale de Bad Bunny.

Lady Gaga a apporté une interprétation salsa de « Die With a Smile ». Ricky Martin a donné une voix supplémentaire aux thèmes sociaux de « LO QUE LE PASÓ A HAWAii ». Les décors, les danses et les arrangements ont assuré la continuité entre ces séquences.

La réaction de Donald Trump a ajouté une dimension politique à la réception du concert, sans résumer à elle seule son contenu artistique.

Pour découvrir ce que raconte réellement cette performance, le prolongement le plus intéressant reste l’écoute de DeBÍ TiRAR MáS FOToS. L’album permet de retrouver les influences caribéennes, les préoccupations territoriales et la nostalgie qui ont nourri une grande partie de cette mi-temps.

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